ESPACE NOSTRADAMUS

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Lune

 

    J’ai souhaité ouvrir cette nouvelle rubrique,
suite aux nombreux e-mails que j’ai reçus,
depuis les terribles attentats de New-York et Washington, le mardi 11 septembre 2001,
surtout en provenance d’Amérique.

Plus que jamais, il semble que les Prophéties de Nostradamus soient à nouveau sollicitées.

Des émissions de télévision aux Sites Internet,
qui tentent de décrypter les éventuels messages nostradamiens en ces temps de crise,
on peut mesurer l’inquiétude qui s’est certainement manifestée partout dans le monde.

Il n’est pas dans mon intention de proposer dans cette rubrique une lecture des Centuries,
mais d’informer et de dénoncer les manipulations et faux quatrains nostradamiens.




   O n a annoncé, dans un « morning TV show », une certaine prévision par Nostradamus des événements dramatiques qui se sont déroulés à New-York et à Washington, avec cette soi-disant « prophétie de Nostradamus », ainsi énoncée :

In the year of the new century and nine months,
From the sky will come a great King of Terror...
The sky will burn at forty-five degrees.
Fire approaches the great new city...
In the city of York there will be a great collapse,
Two twin brothers torn apart by chaos
While the fortress falls the great leader will succumb
The third big war will begin when the big city is burning

   C’est-à-dire :

Dans l’année du nouveau siècle et neuf mois,
Du ciel viendra un grand roi de la terreur...
Le ciel brûlera au 45ème degré.
Le feu approche la grande nouvelle ville...
Dans la ville de York, il y aura un grand effondrement,
Deux frères jumeaux déchirés par le chaos
Tandis que la forteresse tombe le grand chef succombera
La troisième grande guerre commencera quand la grande ville brûle

   Ce poème est en fait un mélange de plusieurs vers de quatrains de Nostradamus associés à un texte écrit vraisemblablement à l’époque de la Guerre du Golfe. Nous reproduisons ci-dessous les quatrains, avec leurs références, soulignant en gras les mots empruntés :

(IX.72)
L’an mil neuf cens nonante neuf sept mois
Du ciel viendra un grand Roy d’effrayeur

Ressusciter le grand Roy d’Angolmois.
Avant après Mars régner par bon heur

(VI.97)
Cinq & quarante degrés ciel bruslera,
Feu approcher de la grand cité neufve,

Instant grand flamme esparse sautera,
Quant on voudra des Normans faire preuve.

   Le premier quatrain est certainement le plus connu des quatrains de Nostradamus, sur la fameuse « année 1999 ». Dans un raccourci audacieux, le « traducteur » confond « nouveau siècle » et 1999. Quant au mois de septembre évoqué dans le poème (« neuf mois »), il correspond pour le « traducteur » aux « sept mois » du quatrain (IX.72), parce que « septembre » signifie « septième mois » (comme « octobre » est le 8ème mois ou « décembre » le 10ème mois, et que de la même manière, dans la Bible, on parle du 7ème mois, c'est-à-dire Tichri, alors qu’il s’agit en fait du 1er mois de l’année juive).

   Le « traducteur » a vu New-York dans la « cité neuve ». Dès lors, pourquoi ne pas sortir ici le 2ème vers du quatrain (I.87), sans doute beaucoup plus parlant :

Fera trembler la tour de la cité neuve ?

   Pour montrer l’inanité de telles « prophéties » dans un contexte de précipitation, nous vous proposons, à titre d'exemple (et seulement à titre d'exemple), une suite de prédictions de ce type :

(II.46)
Après grand troche (misère, en grec) humain plus grand s’appreste
Le grand moteur les siècles renouvelle
Au ciel veu feu, courant longue estincelle...

(I.46)
Grand feu du ciel en trois, nuictz tumbera
Par deux fois hault, par deux fois mis à bas...

(IV.40)
Les forteresses des assiégés serrés,
Par poudre à feu profondés en abysme
Les proditeurs seront touts vifs serrés...

(II.92)
Feu couleur d'or du ciel en terre veu,
Frappé du haut nay, faict cas merveilleux
Grand meurtre humain...

(III.84)
La grand cité sera bien désolée...
Par fer, feu, peste, canon peuple mourra

(VI.34)
Le feu volant la machination,
Viendra troubler au grand chef assiegez...

(VIII.59)
L’Orient aussi l’Occident faiblira...

   Etc...

   Quant à la ville de New York, elle se trouve à une latitude nord inférieure à 41 degrés et non 45.

   On a également parlé, sur certains Sites aux Etats-Unis, d’une « prévision » de Nostradamus, datée de 1654, qui rejoint d’ailleurs la précédente, avec la chute de « deux frères », une allusion sans doute à la destruction des tours jumelles du World Trade Center :

In the City of God there will be a great thunder,
Two brothers torn apart by Chaos,
While the fortress endures,
The great leader will succumb,
The third big war will begin when the big city is burning

   C’est-à-dire :

Dans la ville de Dieu (il ne s’agit plus de York !) il y aura un grand tonnerre,
Deux frères déchirés par Chaos,
Alors que la forteresse supporte, le grand chef succombera,
La troisième grande guerre commencera quand la grande ville brûle

   Ce funeste présage est signé : Nostradamus 1654.

   Une première constatation s'impose. Le « quatrain », daté de 1654, ne peut avoir été écrit par Nostradamus, mort en 1566. En cette année 1654, fleurissaient Les œuvres de M. Jean Belot, curé de Milmonts (Lyon, Chez Claude La Rivière), qui citent une dizaine de quatrains nostradamiques, ainsi que Les œuvres diverses de Mr. De Cyrano de Bergerac (Paris, Chez Charles de Sercy), qui citent également les Centuries de Nostradamus. Mais il faudra attendre l’année 1656 pour trouver une explication plus approfondie des quatrains nostradamiens avec l’Eclaircissement des véritables quatrains de Nostradamus, vraisemblablement publié à Anvers par l’ancien prieur des couvents de Rouen et d’Amiens, Jean de Giffre de Rechac.

   Ces « spooky quatrains », comme on les appelle outre-atlantique, vont certainement se multiplier dans les prochaines semaines.

   Le seul quatrain où l’on parle de « frères jumeaux » dans les Centuries, c’est dans (I.95), où le premier vers dit : Devant moustier trouvé enfant besson, le mot « besson » signifiant « jumeaux » en roman.

   Nostradamus n’a jamais parlé dans ses écrits d’une « troisième grande guerre ». On pourrait peut-être voir dans ce présage une adaptation d’une expression prise à l’Epître à Henri II, qui préface les centuries VIII, IX et X :

...sera faicte la troisiesme inondation de sang humain

   Cependant, les événements décrits dans la Lettre à Henry Second, où cette expression est mentionnée, ne sont point exactement ceux qui se sont produits aux Etats-Unis !

   En fait, le dernier poème que nous avons cité aurait été publié sur le Web par un étudiant de l'Université de Brock (Canada) dans les années 90, sous le titre : A Critical Analysis of Nostradamus. L’auteur, un certain Neil Marshall, aurait fabriqué cette prédiction pour illustrer l'utilisation du langage prophétique par l'emploi de termes volontairement vagues et pouvant s’appliquer à un certain nombre d'événements.

   Des informations sur ce canular (hoax) nostradamien peuvent être trouvées sur les sites suivants :

1/ Urban Legends and Folklore (http://www.urbanlegends.about.com/library/weekly/aa091101b.htm)

2/ Snopes.com (http://www.snopes.com/inboxer/hoaxes/predict.htm)



   D ans un autre registre, mais sur le même sujet, j’ai trouvé sur un Site des « Révélations sur l’attaque », prophétisées par le Livre du Zohar !

   Le Zohar est l’ouvrage essentiel de la Mystique Juive, et sa compréhension nécessite plus qu’une simple connaissance de l’Hébreu et de l’Araméen, langues avec lesquelles sont rédigés tous les textes de cette « Bible des Kabbalistes ». Les paroles du Saint Zohar doivent être accompagnées d’une étude approfondie de la Mystique juive. Et lorsque la science matérialiste envahit le domaine spirituel, on aboutit nécessairement à des interprétations erronées.

   Ainsi, on a relevé un commentaire à la fin de la Section Balak du Zohar (Zohar III.212b) sur le verset extrait de la prophétie de Bilaam (Nombres XXIV.17).

Zohar (III.212b)

   « Ce jour-là, trois hautes tours (1) de cette ville de l’Occident s'effondreront,
un grand palais
(2) s’écroulera et le maître de cette ville (3) mourra... »

   (1) Les deux tours du World Trade Center et un immeuble de 50 étages adjacent.
   (2) Le Pentagone (!)
   (3) Le « maître de la ville » est le centre mondial du commerce (?)

   Là encore, je ne m’aventurerai point sur le chemin glissant de l’interprétation de ce passage du Zohar, prélude aux événements messianiques que le texte décrit. Cependant, la rigueur que je m’impose pour l’étude du phénomène Nostradamus exige une rigueur identique pour une traduction zoharique.

   Ainsi, le terme araméen que l’on traduit par « tour » (CHOUR) est en fait un « rempart » ou une « muraille », que les Sages de la Kabbalah avaient rendu, dans leurs commentaires, par 'HOMA (« protection » ou « rempart »).

   Par ailleurs, on traduit « ville de l’Occident », et par extension New-York, alors que l’expression araméenne (KARTA DE-ROMI) est sans ambiguïté, et signifie « ville de Rome » !

   Faisons remarquer à tous nos traducteurs pressés que le Pentagone n'est point un palais. Le terme hébreu-araméen HEKHALA est plus un Temple ou une demeure qu’un lieu statégique !

   Enfin, le terme CHALITA est l’expression matérielle d’un souverain. Les Sages de la Kabbalah ont traduit par le terme hébreu MOCHEL, c'est-à-dire « gouverneur » (d'une ville). CHALITA ne désigne aucunement un esprit !

   Je ne peux que terminer sur cet aphorisme italien : Traduttore, traditore !


    N'hésitez-pas à m'écrire pour toute information complémentaire

robertbenazra@infonie.fr

 

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