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- Chandigarh, des questions et des réponses.
Au travers de ces recherches sur Chandigarh, j'ai d'abord voulu savoir
ce que Le Corbusier lui-même a voulu apprendre de l'Inde et
de l'architecture locale pour construire sa ville.
S'est-il inspiré de l'architecture indienne?
Quelles étaient ses préoccupations par rapport au mode
de vie local?
Quelles étaient ses réponses?
Y avait-il des exemples de villes "européennes" en Inde avant
Le Corbusier ?
Si oui, y avait-on développé les mêmes problématiques
que pour Chandigarh ?
Est-ce que le Corbusier a subi une influence "indienne" dans son architecture
- tout du moins, y a-t-il des différences marquantes entre
l'architecture Corbuséenne indienne et européenne?
Ensuite, j'ai voulu savoir si les réponses de Le Corbusier
avaient étés bien accueillies, Qu'en était-il
aujourd'hui de cette ville ?
Comment est-ce que les habitants s'étaient approprié
le lieu, est-ce que simplement la ville plaisait à ses habitants
?
Enfin est-ce qu'une telle réalisation avait pu influencer l'architecture
indienne ?
Bien sûr il n'a pas toujours été possible d'avoir
des réponses fiables à toutes ces questions, mais au
moins on peut entrevoir une partie des points de vues que ceux-ci
proviennent d'habitants ou d'architectes locaux, ou encore d'études
plus ou moins sociologiques faites en Europe.
Il est possible aussi de se faire une idée des préoccupations
des habitants en se penchant sur le journal local, consultable au
jour le jour sur Internet.
- Ce que Le Corbusier a cherché à savoir.
"le lit d'un indien"- à côté dans
son carnet, il consigne: 3 à 5 Kg…
Carnet de croquis à la main, Le Corbusier a parcouru les
villages alentour, au cours de son tout premier voyage en Inde qui
paradoxalement sera aussi celui de l'édification du schéma
directeur.
On note dans ses propres écrits que la chaleur et le climat
l'ont impressionné et qu'il a tout d'abord voulu savoir comment
le mode de vie traditionnel répondait à un besoin vital
de fraîcheur.
On trouve çà et là des croquis qui attestent
de ces recherches.
Entre autres, Le Corbusier avait noté que les habitants des
villages voisins sortaient dormir sur l'herbe, recherchant la fraîcheur
de la nuit.
Ce fait presque anecdotique , influencera néanmoins toutes
ses créations indiennes qui comporteront systématiquement
un toit-terrasse voire un toit-pelouse, pour y dormir ou y faire la
fête la nuit, et cela qu'il s'agisse d'une simple villa ou d'un
imposant bâtiment officiel.
"Les disponibilités mécaniques sont trop faibles
aux Indes pour permettre aujourd'hui un conditionnement artificiel
de l'air pendant les périodes dangereuses. La nature Indienne
impose sa règle à l'urbaniste: les nuits sont fraîches.
Les nuits sont fraîches et les habitants s'en vont dormir dehors
devant la maison ou sur le toit, y ayant porté leur lit." Le
Corbusier
- Le Corbusier et le climat indien.

Au cours de ses recherches, force est de constater que la préoccupation
principale de Le Corbusier a été le climat local. C'est
le climat qui va le faire plier et modifier le plus profondément
son style architectural.
Ses réponses aux assauts d'un soleil de plomb et d'une mousson
diluvienne amenèrent Le Corbusier à réellement
réinventer sa vision du modernisme et non simplement à
adapter un "style international", de plus à grand renfort d'air
conditionné.
L'architecture des bâtiments et des villas, l'urbanisme jusqu'à
l'arborisation des avenues est le résultat d'une confrontation
entre les grands thèmes corbuséens des années
30 à 41 ( )et ce climat implacable.
Il s'agit ici d'un mouvement architectural et urbanistique propre,
d'une réponse unique et adaptée qui ne convient vraiment
qu'à ce lieu et pour cette culture.
"Il faut être décidé à ne rien gagner,
à donner tout son temps, tout son cœur, toute son énergie,
tout son savoir et par dessus le marché, il faut réadapter
ce savoir à l'étiage tropical. Il faut tout donner.Il
faut même admettre la possibilité des échéances
dramatiques.La distance double les difficultés. Le climat est
admirable, héroïque et parfois écrasant…/…Il
s'agit de réaliser par des dispositifs architecturaux les conditions
capables d'assurer le bien-être et le confort. " Le
Corbusier
- Etude précise du climat local et réponses de Le
Corbusier.

Pour "venir à bout" de ce climat qui le préoccupe tant,
Le Corbusier va mettre au point un outil aussi curieux qu'original
et réellement efficace: la Grille climatique.
Il s'agit d'une longue frise comparable à une frise historique,
qui se développe horizontalement en lignes superposées,
les colonnes formant l'intersection horizontale sont le temps en mois,
jours, et même heures.
Y sont notés la température de l'air, le degré
d'hygrométrie, la pluviométrie, les mouvements de l'air
(vents), une ligne concerne même le rayonnement thermique des
objets!
Chaque case représente donc un état du climat local
à une heure donnée. Ainsi Le Corbusier était
sûr de n'oublier aucun paramètre climatique.
"La lecture de la grille révèle les point critiques,
là où l'homme souffre." Le Corbusier
En certaines cases, le physico-biologiste inscrit les corrections
et rectifications jugées indispensables.
Finalement, l'architecte propose une réponse adaptée
à chaque type de problèmes, l'ensemble des réponses
inscrites forme la problématique précédent la
conception du bâtiment, qui sera donc parfaitement adapté
à son climat.
Tous les bâtiments construits par Le Corbusier en Inde sont
le résultat de cette problématique de "grille climatique".
Solides, en béton brut sans parement ni même peinture,
ils sont à même de résister aux pires déluges
et tempêtes de mousson. Equipés de toits-terrasses et
de "brise soleil", ils sont ombragés aux heures les plus chaudes.
Sans fenêtres vitrées, ils sont orientés par rapports
aux vents dominants, et donc perpétuellement traversés
de courants d'air.
Planche 1 Détail d'une des grilles climatiques
de Le Corbusier.
L' arborisation

Les réponses architecturales et urbanistiques à la
chaleur et à la lumière notamment, vont aller très
loin dans le détail, et il est curieux de constater à
quel point Le Corbusier s'est intéressé à l'arborisation
de la ville. Pour Chandigarh, Le Corbusier s'est fait botaniste !
Des cahiers d'esquisses entiers ont été remplis en vue
de sélectionner le type d'arbre nécessaire en fonction
du type de rue que les haies vont ombrager, mais aussi en fonction
de l'orientation de ces rues par rapport à la course du soleil.
Ainsi, en fonction de différents éléments urbanistiques:
- Voies de circulations,
- Espaces urbains avec ou sans éléments architecturaux,
- Espaces libres et parcs.
correspondent :
- Arbres en rangées simples, doubles, multiples,
- Bosquets hétérogènes ou homogènes,
- A feuillage caduque ou persistant.
Ses voies de circulation (dites V3) pour voitures à grande
vitesse, reçoivent une arborisation adaptée, étudiée
pour éviter tout éblouissement des conducteurs: des
arbres à feuillage persistant, taillés en tunnels.
Planche 2 :carnets de croquis de Le Corbusier, extrait des études
et consignes pour l'arborisation de Chandigarh.
- Le Corbusier et l'architecture locale.

Bien que Le Corbusier dans ses écrits semble se désoler
du fait que les villes construites en Inde par des européens
ne soient ni plus ni moins que des architectures anglaises, écossaises
voire toscanes transposées aux tropiques (cf. New Delhi), rien
ne permet de penser que l'architecte ait voulu s'inspirer ou ait réellement
étudié l'architecture vernaculaire indienne pour réaliser
son œuvre, et donc rien ne permet d'affirmer qu'il y aurait une quelconque
influence de l'architecture vernaculaire indienne dans ses créations.
Par contre ses toits- terrasses et ses brise-soleil sont plus ou moins
une re-création (redigestion?!) de l'architecture méditerranéenne
…
De toute manière, en 1951, Le Corbusier semble tellement sûr
de ses principes, et a fait trop "table rase" de l'architecture académique
européenne pour s'inspirer d'une architecture plus ancienne
encore! Donc en Inde, il fera table rase du passé architectural
Indien.
Par contre, plus que jamais, et probablement influencé par
l'aspect profondément mystique de la culture de ce pays, Le
Corbusier se sent clairement investi d'une mission sacrée,
et ses bâtiments publics sont les véritables temples
de l'ère moderne.
"…De plus, ce bâtiment se prêtera à d'éventuelles
fêtes solaires rappelant aux hommes une fois l'an qu'ils sont
fils du soleil (ce qui est parfaitement oublié dans notre civilisation
déchaînée et écrasée d'absurdités
et très particulièrement son architecture et son urbanisme)"
Le Corbusier
Ce courant mystique qui semble l'habiter va l'amener à utiliser
énormément (et pour la première fois peut-être)
de courbes à l'intérieur de ses bâtiments, et
plus étonnant encore: dans les "promenades intérieures
". Il faut savoir qu'en 1920 Le Corbusier écrivait que seule
la ligne droite avait un sens, la courbe étant le chemin des
ânes. La comparaison des plans européens et indiens de
certains bâtiments construits par Le Corbusier est assez frappante,
et il serait hasardeux de chercher quelle influence a frappé
à ce point l'architecte. Tout au plus remarque-t-on que l'architecture
vernaculaire Indienne utilise les courbes, bien qu'on ne puisse dire
non plus qu'il s'agisse d'une composante fondamentale.
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